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chez nos amis des salons de coiffure
On l’a déjà dit ici à l’occasion d’autres sujets, le choix d’un nom et celui d’une enseigne sont capitaux pour un artisan ou un commerçant. Donner un nom intéressant à son commerce lorsqu’on le crée est une formalité importante et décisive, pour ne pas dire cruciale. Il faut que le nom marque l’esprit, qu’il se retienne immédiatement. Il doit faire état de son originalité, de son évidence. Il doit être inoubliable et fonctionnel, chargé de signification. Il doit s’imposer, enfin, pour transformer le chaland occasionnel en un client attitré. Le choix par Zola de « Au Bonheur des dames » pour nommer un magasin qui veut attirer toute la clientèle féminine est un exemple parfait de l’évidence du nom. Quel moyen pour y parvenir à un résultat satisfaisant ? Quel procédé utiliser ? La simplicité ? La grandiloquence ? L’absurde ? Il faut, avant tout, éviter le ridicule.
Il existe encore un ressort sur lequel on peut compter, l’humour, et plus précisément le calembour. Ce procédé n’est pas l’apanage des seuls coiffeurs (nous verrons cela peut-être plus tard) mais il prend, chez nos capilliculteurs, des proportions avérées qui en font un sujet d’étude tout à fait passionnant. Un sujet qui n’est pas fixé ici définitivement. On se donne la possibilité de l’augmenter de nouvelles trouvailles au fur et à mesure des découvertes. Et on enjoint nos lecteurs à nous faire part des leurs, si l’envie leur en prend. Pour l’instant contentons-nous de quelques exemples photographiques glanés dans diverses régions où nos déplacements nous ont conduits.
On ne va s’intéresser qu’au choix du nom de la boutique et de son enseigne. On met de côté les compétences professionnelles qui sont capitales mais ici hors sujet. Ainsi il existe deux grandes catégories d’enseignes : les sérieuses et les calembourdesques. Chacune de ces deux catégories se divise à son tour en deux sous-catégories. Chez les sérieuses : les sérieuses basiques et les sérieuses qui se la pètent. Les sérieuses basiques se subdivisent encore en deux catégories : les basiques-normales et les basiques-plus. Chez les calembourdesques, deux catégories encore : les « hair » et les « tif ».
Soyons sérieux dans notre étude scientifique. Pour ce faire, avant de passer aux enseignes calembourdesques et plus ou moins humoristiques parlons donc sérieusement des enseignes sérieuses.
Enseignes sérieuses « basiques »
Elles ont pour but d’être informatives, tout simplement. On sait, en les lisant, à quelle boutique on a affaire : un salon de coiffure. On nous apprend l’essentiel sans chercher à attirer particulièrement l’attention.
— Les basiques —
Une jolie et voyante écriture scripte. On remarquera qu’il manque le point sur le i. Il est remplacé par la boule du lampadaire.
Visiblement, le coiffeur est parti à la retraite et la typo peinte de son enseigne s’efface.
Le I a besoin d’une bonne décoloration, suivie d’une teinture blonde.
On sait qui nous coiff’ : c’est Sandrine.
Typo médiévale et maison à pans de bois, espérons que le coiffeur ou la coiffeuse n’opère pas en armure.
Élégante scripte. Les ff auraient pu être liés, mais la pose sur le mur aurait été délicate.
Devanture verte, typo jaune et rideau rouge, on aime les couleurs tranchées mais ça pourrait faire fuir les chalands aux yeux fragiles.
Enseigne un peu massive. Les ciseaux, pourquoi pas ? mais les anneaux derrière les ciseaux, à quoi servent-ils ?
Enseigne élégante. Les encadrements toutefois semblent un peu lourds.
Sans invention et un peu vulgaire, cette enseigne. Tout comme son logo.
Les coiffeurs affectionnent, semble-t-il, les typo scriptes, sans doute à cause des boucles qui leur rappellent les frisures.
Là, on est bien informé. On est chez son coiffeur.
On est en droit de s’étonner, ici. Le coiffeur vent surtout des maillots de bains. Vend-il aussi des perruques ? Est-il encore coiffeur ?
Les « basiques-plus », elles, donnent en plus un nom à la boutique. Un nom plus ou moins original, et privé de toute tentative de jeu de mots... en général.
— Les basiques-plus —
Un peu triste ce marron et blanc de l’enseigne, et un peu ésotérique, le nom choisi, heureusement que la vitrine renseigne.
La coiffure est-elle un art ? Éliane en est persuadée mais elle oublie l’accent sur son E.
Néologisme masculin(féminin). Un choix de nom qui prend le contre-pied de l’idée qu’on se fait d’une coiffure.
De l’usage de l’apostrophe abréviative. Lourd.
Attention aux enseignes transparentes et aux ombres portées qui peuvent nuire à la lisibilité.
Sobre et de bon goût.
Colorée et foutraque mais rigolote. Elle attire bien l’œil.
Du vieillissement des lettres adhésives et des conséquences qu’il entraîne pour la lecture et l’esthétique.
Esthétique soignée et de bon goût.
Pourquoi pas ? On sait qu’il est coiffeur, qu’il est chic, qu’il est pop et qu’il est artisan (par ordre de grosseur de corps).
Allusion et clin d’œil au jeu pierre, feuille, ciseaux, reprise par le logo. Pas mal... On imagine que le coiffeur se prénomme Pierre.
Esthétique années 1970, avec ciseaux en remplacement d’X et apostrophe droite (et inutile). Bof.
Élégant, rien à dire. On aurait toutefois plutôt imaginé ce nom pour une librairie.
Jeu de mots entre shampooing et champagne, tous deux producteurs de bulles, pas mal !
Un peu de chic pour soigner les épis, et de fleurs artificielles pour agrémenter la devanture. C’est presque trop.
Comme le salon est à un coin de rue, rappel de l’enseigne sur le mur latéral, dans le cas où l’on serait au volant avec une furieuse envie d’aller se faire coiffer.
Sobre. Bien, sauf la majuscule au D, totalement inutile, et l’absence d’accent sur le E, mais ce caractère a-t-il des accents pour les capitales ?
Comme le précédent salon, celui-ci est à un coin de rue. On regrette que son panneau cache une belle exécution de lettre sur le mur.
Les « qui se la pètent » offrent, soit dans les qualificatifs des compétences annoncées, soit dans le nom du salon, une exagération qui prête au ridicule.
— Les qui se la pètent —
On n’a pas affaire ici à un salon mais à un « atelier » où l’on va sculpter les tignasssssses. Ne pas hésiter à mettre un accent circonflexe sur le A lors de la prononciation du nom et à insister longuement sur les S.
Seul le look commpte, tant il est essentiel, tout comme les tarifs. Le look est le plus souvent une histoire d’argent.
Si l’on se réfère aux anciens, les arts étaient neuf, que l’on énumère ici avec la muse qui leur correspond : la poésie épique (Calliope), la poésie érotique et lyrique (Érato), l’histoire (Clio), la musique (Euterpe), la pantomime et la rhétorique et le chant religieux (Polymnie), la danse et le chant choral (Terpsichore), la tragédie (Melpomène), la comédie (Thalie), l’astronomie et la géométrie (Uranie). Où se trouve la coiffure parmi ces arts ? Qu’elle soit troisième, première ou dernière ? Le maître de ce salon du 3e (et non pas 3ème, beurk !) Art est expert coloriste, c’est à dire qu’il doit maîtriser à fond la délicate ouverture des boîtes de coloration pour les cheveux. J’en suis tout ébaubi.
Jeu de mots un peu poussif pour le nom, mais le salon propose des soins relaxants et la création de leur style aux bipèdes qui lui confient leur individualité, que demander de plus...
Jeu de mots avec le nom de la ville où se trouve le salon (Vertus) et le qualificatif auto-proclamé virtuose. Faut vertu-oser !
Notre cher Karim M., avec son Art Absolu, et son statut de Colorist’s Conseil (pourquoi toutes ces majuscules et ce « colorist’s » en lieu et place de « coloriste ») nous semble être le roi des qui-se-la-pète. Il est peut-être (sans doute) le roi des coiffeurs-coloristes, mais son ego crève le plafond. Attention à la poussière de plâtre dans les chevelures traitées.
Une fois de plus, l’évocation des Muses. Toutes à la fois, on fait un lot. Il est vrai qu’il n’y a de bon bec qu’à Paris, de bons coiffeurs aussi. Mais, rappelez-le moi, quel est le nom de la muse de la coiffure ?
Pourquoi utiliser des mots français, alors qu’on a tout un tas de mots anglais totally cute. Roots veut dire « racines ». Donc, en plus des bipèdes de tous les sexes, ce salon coiffe aussi les carottes, les navets les betteraves et les topinambours. Pas mal ! En revanche, ce qui est moins bien, c’est l’aspect du mot « coiffure » de son enseigne.
Enseignes calembourdesques
Passons maintenant aux enseignes qui sont le cœur de notre sujet, les enseignes calembourdesques. Elles font appel à deux mots récurrents, soit l’un, soit l’autre. Un mot anglais hair, qui veut dire : cheveu, chevelure ou poil (précision pour les rares non-anglicistes) ; et tif qui veut dure cheveu en langue populaire (précision pour les rares non-pratiquants de l’argot).
Les calembours à partir de ces deux mots sont parfois assez bien troussés, il faut le dire, mais parfois ils sont d’un poussif tel qu’il confine à l’esbaubissement ou la moquerie du passant qui passe. Ainsi ce choix semble-t-il nuire au salon qui a choisi cette appellation plutôt qu’attirer positivement l’attention du chaland..
— Les enseignes « hair » —
Bien trouvé. Une coiffure est par essence éphémère.
Aurait mieux trouvé sa place en Angleterre, à Londres, dans Baker street, près du 221B.
Pour les amatrices de choucroutes comme Marge Simpson.
Pour assortir la coiffure à la robe couleur du temps de Peau-d’Âne. L’apostrophe est toutefois curieusement tournée.
Pas mal trouvé, avec une rime entre Hair et Jennifer.
Avoir une gueule d’atmosph’hair ne plait pas à toutes les femmes. C’est pour cela que le salon a fermé et que l’apostrophe a pris des vacances.
Un coiffeur spécialiste des cheveux lisses, nulle ondulation, nulle bouclette chez lui. Il est visagiste, souhaitons pour ses clientes qu’il ne soit pas d’esprit cubiste.
Simplicité et pertinence. On apprécie même la scripte simpliste qu’on n’aurait toléré nulle part ailleurs.
Allusion à Bel Air, un quartier chic de Los Angeles. Faut bien qu’à Paris aussi, on se donne un air chic.
Rien de magique dans le choix de ce nom. Nul calembour, même mauvais, et choix nul de la typographie.
Calembour plus que poussif, mais si l’on oublie la graphie déplorable, le nom est assez pertinent, pour un salon de coiffure.
Calembour calamiteux, ma chère Maud ; et si l’on ne conserve que les deux premières lettres de notre légende-commentaire, ça fait caca.
On espère que pendant les séances de coiffure, le salon distribue des boules de gomme.
Jeu de mots approxima’tif non pas avec hair mais avec le nom de la ville : Fère-Champenoise. Peut mieux f’hair !
Aurait pu s’écrire Caract’hair mais c’eut été pire.
Quelques suggestions pour l’ouverture de nouveaux salons « hair » :
— Les enseignes « tif » —
Pourquoi pas ? Mieux vaut un coiffeur attentif qu’un coiffeur désinvolte qui vous massacre la tignasse.
Restons positifs, ce nom n’est pas le meilleur qui soit mais il n’est pas négatif. On trouve toutefois inquiétant le dessin d’une tête de femme avec une paire de ciseaux plantée au sommet du crâne.
Pour les cheveux longs, longs, longs et les verbes non conjugués. Couper cheveux, faire shampooing, décolorer blonde platine.
Oui, ce sont mes tifs, se dit la cliente, et j’espère qu’ils ne seront pas massacrés.
Jeu de mots plus qu’approximatif. Sous-texte qui paraît se placer à l’opposé de ce qu’on pense être un travail de coiffeur. Il donne de l’ordre à la coiffure, il ne laisse pas les cheveux en liberté.
Pas mal. On peut rechercher de la créativité chez un coiffeur. Mais la typo de son enseigne est lourdingue.
Oui. Bon. On évolue vers quoi ? La perfection ? Peut-être...
Le jeu de mots est dans le prénom de la coiffeuse. S’appelle-t-elle Fanny ou Tiffany ?
Calamiteux, et dans le choix du nom qui ne fait que remprendre le numéro de rue en anglais et en le coupant en deux pour y insérer un tif incongru, et dans la typo misérabiliste.
Quelques suggestions pour l’ouverture de nouveaux salons « tif » :
Pour terminer — provisoirement — une étude plus approfondie serait à f’hair au sujet du côté décora’tif des typographies choisies. Elle sa fera peut-être dans un deuxième temps, si l’on n’a pas autre chose à f’hair et qu’on ne veut pas rester inac’tif.
CLS (chauve volont’hair)
août 2025
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Soyez donc le premier !
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
Pierre Pinelli
24 pages,
format 15 x 20 cm.
tirage à 100 exemplaires en typographie au plomb.
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.
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