Page loading
L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.

Authors

Chronological

Des barbares...
... for those who are too lazy to seek.

Biblioteratology

Entertainments

Fin-de-Siècle

Fourneau and Fornax

Printings

Typography
13549363 visitors
108 visitors online
Là, on va commencer bille en tête par une image…

Danseuses.
— Oui, bon, c’est une gravure qui représente des danseuses. On va pas en faire un plat… et en plus, moi, j’aime pas trop… Ça manque de couleur.
— C’est ton avis, ça te regarde, c’est pas une raison pour en dégoûter les autres…
Ah ! c’est toujours comme ça avec les traîne-au-fond-près-du-poêle. Faut qu’ils se la ramènent, qu’ils expriment leur opinion, même s’ils n’en ont pas, ou qu’ils l’ont recopiée sur leur voisin en regardant par dessus son épaule.
En plus, il se goure, mon traîne-au-fond… Cette image n’est pas une gravure, même si ça ressemble un peu. C’est un estampage. Rien à voir avec une impression, même s’il y a des points communs entre les deux techniques : le papier, l’encre, la multiplication possible. Allez, j’explique.
En premier lieu, il faut graver une planche, ou une pierre plane, ou n’importe quoi de plan, ou à peu près, et de pas mou. On grave comme on le ferait pour une xylographie, ou toute gravure en relief. Les reliefs, c’est l’image (ou le texte) ; les creux, c’est les pas-image (ou pas-texte), donc, au final, c’est le papier qui doit rester vierge. Jusque là, c’est tout pareil entre estampage et gravure pour imprimer. C’est après que ça diffère.
Une fois qu’on a la planche et qu’elle est bien gravée (ou mal, ça dépend de l’habileté du gravouilleur), on la pose bien à plat devant soi et, par dessus, on place une feuille de papier précédemment mouillé. Le mouillage du papier le rend un peu mou et élastique, alors on le force à se déformer pour qu’il rentre le plus possible dans les creux de la planche. Une fois ce travail fait, il ne reste plus qu’à encrer les parties de la feuille placées sur les reliefs de la planche. L’encrage peut se faire à l’aide d’une balle comme dans les premiers temps de l’imprimerie, d’un rouleau encreur ou encore — et c’est là la méthode la plus traditionnelle — par une boule compacte d’un chiffon fin que l’on a encrée. Une fois le travail d’encrage terminé, il ne reste plus qu’à détacher la feuille de papier de la planche, et à recommencer éventuellement la suite de ces opérations avec une autre feuille.

Le verso le la feuille estampée.

Le verso le la feuille estampée, endroit différent.
On constate, en examinant le verso de la feuille, que le papier est un papier fort et épais qui a accepté sans difficulté de se déformer sur la planche. Les reliefs sont suffisants pour qu’au recto de cette feuille, l’encrage se fasse sans risque de salir les parties de l’estampage qui doivent rester vierges.

Le recto encré de la feuille estampée, au même endroit que le verso qu’on vient de voir.
Effectivement, l’encrage a été réalisé sans bavure. Il n’a toutefois pas la même netteté que celle qu’on aurait obtenu en utilisant la planche pour imprimer. Tout dépend, dans ce cas de l’épaisseur du papier utilisé, et de sa faculté de bien se déformer pour épouser les reliefs de la planche.
Maintenant qu’on a vu, en gros, la technique de l’estampage, on va pouvoir établir les différences entre impression et estampage.
1. L’estampage ne peut se réaliser qu’à la main, alors que l’impression peut aussi utiliser des moyens mécaniques pour laisser une trace sur le papier.
2. L’estampage reproduit sur le papier une image (ou un texte) dans le même sens que celui de la matrice dont il s’est servi ; alors que l’impression directe inverse gauche-droite le sens de l’image.
3. La matrice qui sert à l’estampage n’est pas un élément imprimant. Elle n’est pas encrée, elle n’est pas du même côté du papier que l’encre.
Ce dernier point permet de donner une définition générique et générale de l’impression. Il y a impression dès qu’on peut transférer directement ou indirectement de l’encre d’un élément imprimant vers le papier (ou un autre support). Les reliefs d’une planche gravée ou d’un caractère typographique transfèrent directement l’encre sur le papier par légère pression. Les creux d’une planche de taille-douce transfèrent directement l’encre sur le papier à l’aide d’une forte pression. Les parties oléophiles d’une pierre lithographique transfèrent l’encre sur le papier à l’aide d’une légère pression. Les parties oléophiles d’une plaque offset transfèrent indirectement l’encre sur le papier à l’aide d’une légère pression. Les parties non bouchées d’un écran de sérigraphie transfèrent l’encre sur le papier en la forçant à traverser le tissu à l’aide d’une légère pression de la raclette. Le tambour électrisé d’une imprimante laser transfère son encre en poudre (le toner) sur le papier lors de leur contact direct sous l’effet d’un champ électrique (suivi de la cuisson du toner pour qu’il adhère au papier). Les buses d’une imprimante à jet d’encre projettent leur encre (sous forme de fines gouttelettes) sur le papier grâce à un champ électro-magnétique, etc. Pour qu’il y ait impression, il faut donc nécessairement que l’encre parte d’un élément imprimant quelle que soit sa nature, en direction du papier ou d’un autre support. Avec l’estampage, il n’y a aucun transfert d’encre, mais un apport d’encre par un opérateur humain directement sur le papier, ce qui n’en fait pas un procédé d’impression même s’il utilise des encres d’imprimerie.
L’estampage, ou frottage, est probablement né en Chine, comme de nombreuses autres techniques. Comme il nécessite l’utilisation de papier, on peut dater son apparition entre le deuxième siècle avant et le tout début du second siècle de notre ère (invention du papier entre -200 et +105). Son invention précède donc celle de l’imprimerie (xylographie, 8e siècle en Chine). On l’utilise scientifiquement pour relever des reliefs sur des sites archéologiques. Max Ernst l’a utilisé pour une grande partie de son œuvre artistique ainsi, probablement, que bien d’autres créateurs. On l’utilise de manière ludique pour relever le dessin de pièces de monnaie, de sculptures en bas relief, ou de plaques d’égout…
C’est tout pour aujourd’hui. Vous avez le droit de revenir la semaine prochaine.
Si l’on fréquente ce blog depuis un certain temps et qu’on prend la peine de lire les textes qu’il propose, on sait que le signataire de ces lignes (donc : moi) aime bien se balader dans les brocantes « histoire de ne rien trouver ». Manque de chance, ça n’arrive pas trop souvent car, le plus souvent, je trouve. Des petites choses, des bricoles qui n’encombrent pas trop un domicile déjà plein à craquer. Ce fut le cas récemment (pas plus tard qu’hier) et, histoire de faire d’une pierre deux coups, ce fut une première dans l’ordre des trouvailles. Sur le coin d’une table de stand, devant un tout petit meuble à tiroirs — du genre à contenir des vis ou des rondelles, mais là il contenait des fèves — un paquet de paperasses en assez bon état. Par curiosité, je regarde de quoi il retourne : une petite pile de brevets d’invention. Étonnant. En plusieurs décennies de chine dans les brocantes, je n’avais jamais vu cela, des brevets d’invention. Je feuillette, pour voir, d’un œil et d’un index distraits et… bingo ! un brevet sur une machine à imprimer. Les probabilités de trouver des brevets d’invention dans une brocante étaient déjà faibles mais dans la petite pile de brevets (une trentaine au plus), celle de trouver un brevet lié à l’imprimerie était infinitésimale… Je vais voir le propriétaire de l’étal, un vrai brocanteur qui proposait des bibelots anciens et des petites voitures jouets en tôle. Dans ma région, il y a plein d’amateurs pour ce genre de jouets. Des vieux qui, en collectionnant ces bouts de tôle défraîchis, doivent avoir le sentiment de ne pas avoir trop vieilli. Et interdit aux enfant de toucher à ces jouets ; ce sont des jouets pour les vieux, pas pour les enfants. Bref, je vais vers le vendeur et je lui montre mes deux bouts de papier (j’avais aussi trouvé un brevet sur un « Procédé de traitement des vidanges, en vue de leur épuration totale et de la récupération des matières entrant dans la fabrication des engrais organo-minéraux » qui va décorer mes chiottes). Le vendeur jette un vague regard sur mes papelards et, avec un grand sourire et un geste flou de la main, me dit : « Gratuit ! ». En matière de probabilité, on venait d’atteindre là l’infiniment infinitésimal. Je remercie, et je continue ma chine…
Vous pensez bien que si je vous raconte tout cela, c’est que je vais vous en causer, de ce brevet de machine à imprimer… Je vous le reproduis plus bas. Il est dû à Augustin-André-Joseph Legrand, résidant en France, dans le Pas-de-Calais. Un Chti de bon aloi, sûrement. Son invention est une presse à imprimer à main. Il a déposé son brevet le 28 juin 1949 et il ne lui a été accordé que le 30 mai 1951. Les experts de l’INPI ont mis le temps. Presque deux ans. C’est long mais il y a peut-être une explication à cela. On est dans le domaine de l’hypothétique mais peut-être a-t-il fallu vérifier si cette presse à imprimer à main pouvait être brevetée, vérifier s’il n’y avait pas eu antériorité de l’invention. Car elle fait un peu penser, cette presse, à une machine inventée dans les années 1920 par The American Multigraph. Les deux machines ont des similarités, mais elles ne sont pas identiques, ont dû décider nos experts, donc l’idée de Legrand était recevable, donc le brevet a été accordé. Je parlerai peut-être (beaucoup de peut-être dans ce paragraphe) de la machine de l’American Multigraph dans un autre billet, sait-on jamais…
La presse à imprimer à main de Legrand est une presse typographique rotative. C’est une presse pour amateurs mais elle demande une certaine habileté pour pouvoir l’utiliser. L’utiliser ? A-t-elle seulement été fabriquée ? Après quelques recherches faites pour en trouver trace, il ne semble pas qu’elle l’ait été. Elle est selon toute vraisemblance restée à l’état de projet. Ce qui ne m’empêche pas de tenter de vous en révéler le fonctionnement. Elle utilise des caractères typographiques traditionnels pour fonctionner. Aucun problème à cela : on peut s’en procurer chez tous les fondeurs en activité au début des années 1950, ils sont pléthore. La composition du texte se fait à l’aide de petits composteurs comme ceux de →La Lino ou ceux de →l’imprimerie Freinet. Ces composteurs sont fixés sur une portion de cylindre que l’on peut faire tourner à l’aide d’une manivelle. Dans le mouvement rotatif, les caractères sont d’abord encrés (rouleau du bas) puis pressés sur le papier qui passe entre les caractères et un rouleau presseur (rouleau du haut).

Première page du brevet.

Deuxième page du brevet.

Première partie de la planche.

Deuxième partie de la planche.
L’utilisation de la machine ainsi résumée, tout semble fonctionner normalement. L’idée est bonne. Sauf que notre ami Legrand a oublié quelque chose. Il faut pouvoir alimenter en encre d’imprimerie le rouleau du bas, sinon, au fur et à mesure des rotations et impressions, l’encre du rouleau va s’épuiser et l’impression va être de plus en plus pâle jusqu’à ne plus être du tout. Autre souci : comment apporte-t-on l’encre sur le rouleau encreur alors qu’il est fixé au bâti de la machine ?
À ces quelques points de détail près, qu’il conviendrait de résoudre, on aurait envie de la construire, cette machine, pour notre usage personnel. Elle ne consomme pas d’électricité et les documents produits, imprimés à l’aide d’encres grasses et de caractères typographiques, sont pérennes (la B42 a près de 600 ans). Oui mais bon, il devient difficile de se procurer des caractères typographiques… on ne peut pas tout avoir, hélas !
Dans un atelier comme celui de Fornax, ou d’un autre du même type — ou pas du même type — disons… un atelier qui sert à fabriquer des livres, petits ou gros, ne se trouvent pas que des machines, petites ou grosses, qui servent à imprimer ou à brocher. Se trouvent également des outils, petits ou gros, qui servent à vérifier le travail en cours de réalisation. Des outils de contrôle pour voir si qu’on a bien fait ou si qu’on s’a gouré grave.
Aujourd’hui on va s’intéresser à un outil petit, pas gros, qu’on peut laisser traîner sur un marbre, ou sur une table à proximité d’une machine à imprimer, ou qu’on peut avoir dans sa poche, histoire d’être toujours prêt à s’en servir : le compte-fils. Invariable, le compte-fils. Si on en a plusieurs on a des compte-fils. Avec un trait d’union entre le compte et les fils. Parce que ça sert à compter les fils, un compte-fils. Heu, qu’on ne se méprenne pas : ça ne sert pas à compter les fils des familles nombreuses qui n’ont presque pas de filles, non ! Ça sert à compter les fils de chaîne et de trame d’un tissu. Parfait, mais en quoi a-t-on besoin de compter des fils de trame ou de chaîne quand on fabrique un livre ? On est en droit de se poser copieusement la question. Pour savoir si les chiffons utilisés pour nettoyer les machines à imprimer sont de bon aloi ? Non, bien sûr ! Les compte-fils ont été initialement inventés à l’usage des gens qui fabriquent des tissus et, comme c’étaient des outils malins et pratiques, ils ont été détournés de leur usage premier par les gens qui fabriquent de l’imprimé… Pas bêtes, les gens qui fabriquent de l’imprimé.
Comment ça marche, un compte-fils ? Est-ce que ça a besoin de l’électricité ? Est-ce que ça possède une batterie qu’il faut recharger ? Est-ce que c’est compliqué à utiliser ? Non. Un compte-fils est essentiellement une loupe constituée d’une seule lentille montée sur un support qui la place à sa distance focale quand on la pose sur un support à observer. Pas besoin de réglage. Il suffit de bien orienter le compte-fils quand on le pose pour qu’il reçoive de la lumière. On voit tout de suite plus gros quand on regarde à travers, c’est tout. En imprimerie, ça peut servir à plein de choses : à vérifier qu’on n’a pas mis trop d’encre ou pas assez, à vérifier que les différentes couleurs sont bien repérées entre elles, à vérifier la pression d’un élément imprimant sur le papier, à tenter de savoir dans quel procédé d’impression tel ou tel document a été fabriqué… et toutes ces sortes de choses. Est-ce qu’un compte-fils est indispensable pour toute personne qui décide de salir du papier avec de l’encre en utilisant une technique mécanique quelconque pour le faire ? Non. Mais il n’est pas inutile d’en avoir au moins un sous la main pour se rendre compte de plus près de la qualité — ou des défauts — de son travail.
Quelques exemples de compte-fils :

Le premier compte-fils de CLS, mis à la retraite après 30 années de bons et loyaux services, et retrouvé voici peu.

Est-il mécontent qu’on l’ait sorti du tiroir où il passait, dans l’obscurité, sa retraite heureuse, toujours est-il qu’il tourne le dos à son successeur encore dans la force de sa jeunesse.

Pour garder sa fraîcheur et sa clarté de vue, le remplaçant s’est replié et s’est doté d’une petite pochette de cuir qui lui permet d’être à l’abri de toute agression extérieure quand il se déplace dans la poche d’un pantalon humain.

Et hop ! dans la pochette, tel un escargot dans sa coquille ou une tortue dans sa carapace.

L’utilisation première du compte-fils : compter les fils d’un tissu.

L’utilisation en imprimerie. Il est posé sur un document à examiner, sa partie ouverte bien orientée vers la lumière.

L’œil humain s’approche de la loupe…

À bonne distance, le texte examiné est grossi et net, si notre compte-fils est devenu flou pour l’observateur.

Il n’y a pas que les fabricants de tissus ou les imprimeurs qui peuvent se servir d’un compte-fils, les photographes aussi, pour examiner de près le grain d’un négatif ou celui d’une épreuve argentique… Ce compte-fils, tout de plastique fabriqué, publicitaire, non pliable, ne peut pas être mis dans la poche. Il doit rester dans l’atelier ou le labo.

Un magnifique compte-fils ancien, cylindrique, tout en métal. Quand il se présente ainsi à la vue, il ressemble un peu à un taille-crayon. Mais il cache bien son jeu…

Le cylindre extérieur ôté, le compte fil proprement dit apparaît, ajouré pour laisser la lumière arriver jusqu’à la partie du document à observer. Mais il n’a pas encore révélé tous ses secrets…

Un petit obturateur protège la lentille de verre afin que nulle poussière ne vienne la salir. Une petite manette permet de le basculer…

La lentille est libérée, on peut observer en approchant l’œil…
P.-S. : Pour en savoir plus →le Compendium.
Parfois, pas toujours, car il arrive que des parfois soient plus fréquents que certains autres parfois qui sont beaucoup plus rares ; parfois donc il arrive qu’en tentant l’approche d’un sujet, on s’en éloigne. Si, si, ça arrive ! On croit le cerner mais on s’en éloigne alors qu’on veut l’étudier de près. D’aucuns, chafouins et critiques (je les sens venir avec leurs gros godillots), vont me rétorquer que pour cerner quoi que ce soit — un sujet ou tout autre artéfact — il faut être plusieurs, des plusieurs bien armés de toutes leurs cultures intellectuelles, biologiques ou polluantes afin que, se voyant cerné de toutes parts, le sujet (ou l’artéfact) se rende bon gré mal gré parce qu’il sait qu’il n’a plus aucune échappatoire. Vaincu, il lui arrive même de se déshabiller tout seul sans qu’on lui demande afin qu’on l’étudie in naturalibus. Ce n’est pas faux, le coup du plusieurs, mais si le sujet est minuscule, on peut le circonvenir tout seul avec ses deux bras en rond. C’est ce que je m’apprête à faire car mon sujet n’est pas bien gros… quoique… enfin on verra.
Le congre. Est-ce congru de parler du congre ? A-t-on le droit de faire état de la congruence du congre ? Non, bien sûr ! La congruence ne s’applique pas au singulier mais au pluriel. Oublions donc l’individualisme forcené et venons-en aux congres. Déjà, on se sent plus à l’aise. On n’est plus tout seul. On n’est plus isolé. E pluribus unum comme disent les insulaires de l’autre côté de l’Atlantique. On va dans la bonne direction. Laquelle ? Peu importe. C’est forcément la bonne puisque c’est celle qu’on suit.
Le premier savant ayant sérieusement étudié les congres n’était pas naturaliste, non madame. Pas plus qu’il n’était anthropologue, non mademoiselle. Et encore moins halieuticien, non monsieur. Il était typographe et graphiste ce qui, avouons-le, a nettement plus de classe, scientifiquement parlant. L’ouvrage majeur de ce grand et modeste érudit s’intitule Le Guide typographique exemplaire.

La couverture du précieux Guide.
La modestie de ce grand savant se manifeste de manière évidente puisqu’il ne nous révèle pas son nom. Il va falloir chercher dans un autre ouvrage pour tenter de le découvrir.

La couverture de la Célébration de la lettre.
Et, nouvelle preuve de sa modestie, s’il en est encore besoin de l’affirmer, ce nom ne se trouve pas encore sur la couverture du second ouvrage cité par le premier. C’est seulement sur la page de titre qu’il est nous est enfin révélé : Raymond Gid.

La page de titre de la Célébration de la lettre.
Raymond Gid était un personnage si tant impressionnant pour le quasi débutant que j’étais que j’ai hésité à lui demander (voici fort fort longtemps) de postfacer un ouvrage que j’avais en cours. J’ai eu le bonheur de le voir accéder à ma requête.

La page de titre du Songe d’un typophile.

Titre de la postface.

La postface de Raymond Gid.
Mais revenons-en au Guide typographique exemplaire. C’est dans les pages de cet indispensable ouvrage que l’on trouve la première étude sérieuse sur les Congres. On y apprend qu’ils évoluent dans une société monarchique et que le roi des Congres vit avec sa cour (la cour des Congres) dans un palais fastueux, le palais des Congres.

Double page de l'étude sur les Congres.
En marge de ce palais a été construit un centre qui abrite toutes les manifestations artistiques et culturelles du royaume.

Le célèbre Centre de Congres.
Un centre fort apprécié par les touristes de tous les pays avoisinants, attirés par l’énergie des forces vives du royaume. De plus, tout a été fait pour favoriser le confort de ces visiteurs choyés, ainsi qu’on peut le voir sur ce document tiré d’une brochure de l’Office de tourisme congréen.

Vers le parking du Centre des Congres.
Parmi les forces vives évoquées, les plus vives et les plus littéraires, se sont regroupées pour pratiquer en commun le rite congru de la poésie. Périodiquement, ils abreuvent le peuple vulgaire des belles productions ébulliformes de leur art consommé sans aucune modération. Leur but — avouvable entre tous — est de hausser le vulgaire dont ils ont pitié (sans jamais accepter de l’avouer car un but secret et inavoué est beaucoup plus facile à atteindre) au rang de lecteur voyant, voire, dans les meilleurs cas, de proto-poète.
La revue où les poètes congrus distillent leur élixir de vie s’intitule tout simplement Congre, du nom du beau pays qui les a vu naître. Elle se dote pour l’instant de deux forts et copieux volumes. Le troisième est sous presse. Car pour un Congre congru le sacerdoce ne peut se terminer tant que l’ensemble des vulgaires n’a pas été haussé…

Les deux volumes de poésie congrue.
J’ai la grande joie maintenant de vous partager les tentatives de reconstitution des jacquettocouvertures des deux numéros parus.

Congre 1, jacquettocouverture.

Congre 2, jacquettocouverture.

Plénipotentiaire pris sur le vif.
… Ainsi que le portrait pris sur le vif, par l’un de nos reporters-photographes, du ministre congru et plénipotentiaire chargé des relations avec les républiques limitrophes, ici en visite auprès des représentants de la commune libre du Fourneau bannat.
P.-S. : On peut tenter de s'approcher des Congres en se rendant à cette adresse : Congre. (Mais surtout ne le répétez à personne, je vous dis ça sous le sceau du secret.)
petite histoire de mise en lumière polarisée
(méthodologie de recherches)
Il arrive parfois, lorsqu’on fréquente les brocantes parce qu’on aime cela, qu’on revienne dépité chez soi, n’ayant rien trouvé, du moins n’ayant rien vu qui suscite l’intérêt, ou l’émoi, de la trouvaille. Alors, pour éviter ce sentiment de légère frustration (très légère, n’exagérons rien), il arrive qu’on s’arrête à un petit quelque chose qui paraît insignifiant, bon marché, presque inutile mais suffisamment discret pour ne pas être encombré, une fois de retour chez soi, de cet achat par dépit.
Voici peu ce fut le cas. Retour at home une mince brochure en main. un minuscule polar payé 50 centimes. Polar certes, mais signé tout de même Thomas Narcejac. Lecture rapide et amusante. L’auteur a un incontestable — et incontesté — talent. Au lieu, lecture faite, de ranger la brochure sur un rayonnage de la bibliothèque à polars, fantastiques et SF divers, la déformation professionnelle en moi s’est manifestée…
Pas de nom d’éditeur sur la brochure, pas de date… Pas de perte de place inutile non plus. Une brochure agrafée (une agrafe) de 20 pages au format 10,5 x 13,5 cm, à la couverture de même mauvais papier que le reste de l’ouvrage, avec le texte qui commence au verso de la couverture et qui se termine à la 20e page, des marges presque insignifiantes, un registre plus qu’approximatif… on n’a visiblement pas affaire là à un ouvrage de grande bibliophilie. Mais il intrigue. Qui est l’éditeur ? Quand a-t-il été publié ? Y a-t-il eu d’autres ouvrages dans la même collection ? Qu’allait faire Thomas Narcejac dans cette galère ?
Quand on a comme moi le démon de la curiosité, et qu’on n’est pas le pire des chercheurs qui soit, on cherche… Mais avant de narrer le déroulement de la recherche, dans ma grande bonté qui n’a d’égale que mon indomptable courage [tambours qui roulent, trompettes qui sonnent], je vous offre in extenso l’objet de la recherche afin que vous puissiez juger sur pièce. Vous allez ainsi économiser les 50 centimes de mon achat et les heures harassantes de fouilles dans des lieux incertains parmi des étals hétéroclites d’objets poussiéreux… et vous allez, par là même, économiser aussi l’eau et le savon nécessaires pour vous laver les mains.

Cliquer pour feuilleter et lire
Comme vous pouvez le constater, si vous avez eu le soin de cliquer sur la couverture pour lire ce passionnant ouvrage, aucune indication éditoriale, aucune indication de provenance, aucune indication de date. Seule la grébiche (la petite ligne en bas de la dernière page, sous le filet) nous permet d’apprendre que la brochure a été imprimée par les Ateliers d’Impression Sainte-Anne, à Paris. Mince avancée. C’est alors que je me suis souvenu qu’Internet n’était pas toujours qu’un immense outil pour perdre du temps et faire gagner de l’argent à bien plus riche que moi. J’ai lancé une recherche comme un naufragé sa bouteille à la mer (Question : quelle solution reste à un naufragé s’il n’a aucune bouteille à mettre à la mer ou s’il s’est échoué sur le septième continent constitué de toutes les bouteilles en matière plastique jetées à la mer par les orduriers et les inconsistants inconscients ?)
Ma bouteille a touché les côtes du bon pays, un pays où l’on connaissait l’existence de ma trouvaille bien avant que je ne l’acquière. Et ce fut mon point de départ. Ouf, j’étais sauvé ! Mes sauveurs étaient là et se nommaient : →Herbulot & Zigomar. Herbulot questionne Narcejac qui ne se souvient de rien et Zigomar montre la couverture de son exemplaire de la brochure, accompagnée d’une feuille volante que mon exemplaire ne possède pas. Ce qui change tout.

Comme le texte est un peu petit sur l’image reproduite, j’ai pitié pour vos yeux. Ma grandeur d’âme va jusqu’à vous en saisir le texte :
À nos Lecteurs,
En publiant notre collection « LES ROMANS DE POCHE FRANÇAIS », nous désirons
mettre à la portée de tous des ouvrages de QUALITÉ.
Leurs auteurs appartiennent à la meilleure classe de nos écrivains.
Nous vous RESPECTONS trop pour vous offrir des œuvres médiocres sous prétexte qu’elles sont « BON MARCHÉ ».
Dites-nous si vous appréciez notre effort.
Merci.
Éditions O. D. C.
10, rue de Rome, PARIS (8e)
La feuille volante nous apprend deux choses capitales : le nom de l’éditeur et son adresse. Ne me reste plus, malin comme je suis, qu’à interroger les bons interlocuteurs (le catalogue de la BNF, le CCFr, Gallica) au sujet des éditions O. D. C., et le tour sera joué. Passage à l’acte et… et rien du tout ! O. D. C. connais pas ! Déception grave qui provoque un état mi-colérique mi-évanouissementiel. Preque déprime. Va falloir arranger tout ça fissa fissa ! Histoire de me calmer les nerfs, je vais faire un tour et au retour du tour, à tout hasard, je fais une recherche autour du 10, rue de Rome (unique objet de mon ressentiment !) Mon sang ne fait qu’un tour quand, après lecture d’un nombre certain de pages galliquesques sans intérêt, qui ne me menaient à rien, je tombe sur ça :

Page de l’Annuaire de l’Association amicale
des anciens éleves de l’École Centrale, pour 1947
Donc, un ancien centralien, Daniel Plouvier, était, en 1947, imprimeur de son état et aussi éditeur sous le nom (un peu curieux, il faut le dire) de Les Ordres de Chevalerie. Les initiales de Les Ordres de Chevalerie ne seraient-elles pas O. D. C. par hasard ? Si fait, mon bon Monsieur ! Si fait. J’avais trouvé. Ne restait plus qu’à dérouler la bobine contenue dans ma bouteille à la mer (?!) maintenant que j’avais saisi l’extrémité du fil. Facile.
Quelques traces bien visibles des éditions Les Ordres de Chevalerie traînent dans quelques publications périodiques des années 1945 à 1947. Essentiellement des insertions publicitaires de l’éditeur. Peu de comptes rendus des livres publiés. Voici quelques exemples des insertions passées :

L’Ordre, 24 février 1945.

Le Concours médical, 10 août 1945.

Concorde, hebdomadaire républicain, politique et littéraire, 30 novembre 1945.

Point de vue, 14 février 1946.
Au sujet de la revue Point de vue, la page où a été insérée l’annonce précédente mérite qu’on s’y arrête, bien qu’elle n’ait rien à voir avec notre présente affaire. La voici :

Point de vue, 14 février 1946, page entière.
On voit donc, sur cette page, la photographie d’une jolie jeune femme point trop habillée. « Oui — va-t-on me dire — c’est parce que tu es un vieux libidineux que tu t’intéresses à ça ! » Non, pas tout à fait. C’est à cause du commentaire de la photo. Je vous en laisse juge (et arrêtez donc de me tutoyer, on n’a pas gardé les Yorkshire Middle White ensemble) :
[...] Aussi célèbre mais autrement plus sympathique a été l’invention de la pin-up girl, et ce terme qui désigne la photo d’une jolie fille est maintenant aussi courant que « chewing gum ».
Les photographes américains qui ont créé la pin-up girl ont ainsi répandu dans le monde entier l’image des plus jolies filles de leur pays. Mais les plus belles du monde sont en France et c’est une jeune fille française que présente point de vue.
Inutile de commenter ce commentaire, je suppose… Revenons-en à nos Ordres de Chevalerie. Il semble bien que cette modeste maison d’édition n’ait pas survécu à l’année 1950, comme en témoigne son catalogue complet, du moins celui glané à la Bibliothèque nationale de France. Le CCFr n’a rien apporté de plus.
1. Tony de Vibraye, Avec mon groupe de reconnaissance, août 1939-août 1940. Préface du général Robillot. 1943.
2. Albert Marchon, Comme un rêve au printemps. 1945.
3. Wilkie Collins, Contes étranges, première série qui comprend : Prescience de Nathaniel Hawthorne ; La Catastrophe de Mr Higginbotham de Charles Dickens ; Histoire de l’oncle du commis-voyageur de R. H. Barham ; Le Spectre de Tappington de Nathaniel Hawthorne ; Le Jeune Maître Brown de Walter Scott ; Le Récit de Willie le vagabond par Walter Scott. Traductions de Jules Castier, Dandon Bokanowski, Marie Canavaggia et Jeanne Fournier-Pargoire. 1945.
4. Georges Pillet et Georges Craonelle, Inventaire économique de la France. 1945-1950.
5. Emmanuel Bourcier, La Mort a passé dans la maison, roman. 1945.
6. George Delamare, Voici les libres propos de George Delamare, radiodiffusion française, chaîne parisienne. 1945-1946.
7. Raymond Baranton, Les Amants de Cahors, roman improvisé. 1946.
8. Jean Dugrenot, Fresnes, aquarelles de Jean Dugrenot. 1946.
9. George Tisset, Guide pratique du chasseur. 1946.
10. Camille Foll, Relais de misère. Présentation de M. le commandant Raverdy. Illustrations de Jean Dugrenot. 1946.
11. [Jean Dumont], Le Rhin, Nil de l’occident. Contribution à l’étude d’une organisation de l’Europe de l’Ouest. Textes de l’amiral Pierre Barjot, MM. Karl Burckhardt, Jean-Marie Carré, Jean Chardonnet, Anton Van Duinkerden, Eugen Ewin, André François-Poncet, etc. 1946.
12. Ernest Feydeau, Fanny. Précédé de Histoire et fortune de Fanny par Jacques Crépet. Lithographies originales de Grau-Sala. 1947.
13. René Desmazes (général), Saint-Cyr, son histoire, ses gloires, ses leçons. Préface de Jérôme et Jean Tharaud. Illustrations d’Albert Brenet. 1948.
14. Perles et joyaux de la Bible. Textes et lectures bibliques pour chaque jour de l’année. Avant-propos de G. Bertrand-Vigne. 1950.
__________
Mais alors… mais alors ! Qu’en est-il de La treizième enquête de Pétrus Clam ? On ne peut que supposer que notre cher édieur-imprimeur Daniel Plouvier n’a pas cru bon de faire son dépôt légal (sous peine d’embastillement à vie et de confiscation de tous les biens) pour une bricole aussi insignifiante. Nous apprenons, en conséquence, que cette nouvelle collection de brochures policières à bon marché n’a pas eu le succès escompté et qu’elle s’est arrêtée à son numéro 1.
Quelques renseignements complémentaires au sujet de Daniel Plouvier. La justification de tirage de Fresnes, le recueil d’illustrations de Jean Dugrenot, nous apprend qu’il était imprimeur phototypiste, ce qui n’était plus trop courant à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Pour les non-spécialistes qui auraient le bon goût de fréquenter ce blog, signalons que la phototypie est un procédé d’impression qui permet de multiplier (en nombre limité) des images en demi-teintes ou en couleur sans avoir besoin de passer par l’intermédiaire d’une trame. Cette technique a connu son heure de gloire entre la fin du 19e siècle et le début du 20e, essentiellement dans l’édition de cartes postales.

Justification de tirage de Fresnes, exemplaire de la BNF.
Un autre titre des éditions Les Ordres de Chevalerie, Comme un rêve au printemps d’Albert Marchon nous présente, sur deux pages, les « publications du même éditeur », avec les publications effectuées, certes, mais aussi avec les projets en cours.

Du même éditeur, in Comme un rêve au printemps.

Du même éditeur, in Comme un rêve au printemps.
Après 1950, les éditions Les Ordres de Chevalerie disparaissent. Mais à la même adresse du 10, rue de Rome à Paris naît, dans le même temps, une autre maison d’édition : Jean Chitry & Cie , éditeur. Sans doute que, pour une raison que j’ignore, Daniel Plouvier a passé la main à un successeur.

Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 15 juin 1950.
Revenons un instant, pour conclure, sur Thomas Narcejac sans son Pierre Boileau de complice. Les deux détectives privés de la nouvelle épistolaire La treizième enquête de Pétrus Clam, Jacques (dit Pétrus) et Louis, sont les héros d’une autre aventure, en 1948, dans le roman La Nuit des angoisses publié par la S.E.P.E. dans sa collection Le Labyrinthe. C’est même dans ce roman qu’ils fondent leur agence. On peut donc supposer que la nouvelle est postérieure au roman et qu’elle date de 1948 ou de 1949. N’ayant pas lu la totalité de l’œuvre de Narcejac tout seul, je ne sais pas si les deux détectives privés ont vécu d’autres enquêtes. Disons que pour moi — à l’heure où j’écris ces lignes —, si je compte bien, il y a encore onze enquêtes à découvrir. Un assez gros boulot en perspective, donc… si elles ont existé.

La nuit des angoisses, 1948.
Undergrowth typography
Typographical practice
Typo des rues
Tools
The picture of the day...
Tales ans short stories
Streets typography
Rural typo
Proverbs
Printings
Printing
Post-competition
Places of conviviality
My masters
Internal news
Friends
Fourneau-Fornax
External news
Editorial practice
Competition
Bookish teratology
Book
Book-collecting
Bibliophilie
Art
Alphabet
Fornax éditeur 18, route de Coizard, F51230 Bannes – France