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L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
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Les presses autographiques au 19e siècle
Les preses autographiques Ragueneau dont on a parlé dans le précédent billet n’ont pas été les premières à être produites dans notre merveilleux et extrêmement productif 19e siècle français. Ragueneau a toutefois été l’un des premiers à produire des objets à vendre et à comprendre que la publicité sous toutes ses formes était la rançon du succès. Il s’en servit à outrance et eut le succès qu’il escomptait.
Avant de parler des prédécesseurs de Ragueneau, il paraît utile d’évoquer quelques points historiques et techniques. Pour la technique, il faut savoir que toute presse lithographique est en mesure d’imprimer en autographie en utilisant le procédé du papier report. C’est-à-dire qu’elle peut, sur pierre, multiplier l’écriture manuscrite ou le dessin. Donc, par défaut, toute presse lithographique, quelle que soit sa dimension, grande ou petite, est une presse autographique. Pour ce qui est des petites presses autographiques dont on va parler ici, si certaines ont la possibilité d’imprimer avec une pierre lithographique, la plupart, pour ne pas dire la totalité d’entre elles se proposent d’imprimer à l’aide d’une feuille métallique — généralement du zinc — disposée sur un support quelconque (planche de bois ou autre matériau plané). Pour l’histoire, il convient aussi de rappeler que seuls les imprimeurs patentés avaient le droit de posséder et d’utiliser une presse pour imprimer. Qu’ils soient imprimeurs typographes (imprimeurs en lettres) ou imprimeurs lithographes. La loi, suite à l’article 2 du décret du 22 mars 1852, interdisait à toute personne qui n’était pas imprimeur patenté, la possession de toute machine à imprimer même pour des impressions privées sans avoir demandé au préalable l’autorisation au ministère de l’intérieur, ou aux préfets dans les départements. Tout contrevenant pouvant être passible d’amende (10 000 F) et de six mois de prison. Les petites presses autographiques ne pouvaient donc se trouver, généralement, que dans les diverses administrations et dans les grosses sociétés.
L’inventeur de la première petite presse autographique française semble être Antoine Pierron, peintre et architecte, né à Paris en 1783. Il obtient le brevet d’invention de sa presse autographique le 31 juillet 1827.

Le dessin de la presse lié au brevet de 1827.
Le texte, à droite du dessin, nous le commente ainsi :
Presse autographique portative,
multipliant une écriture faite sur papier
Procédés
M. Kénech a essayé pendant longtemps d’imprimer sur du métal les substances qu’il employait (la noix de galle et le sulfate de fer) pour fixer l’écriture sur la planche de métal, ne lui réussissant pas toujours, il a fini par y renoncer. Après lui, j’ai fait de nombreuses expériences et j’ai acquis la certitude que le sulfate de zinc, le sucre et une grande partie des bois, donnaient un acide végétal qui ne laisse rien à désirer.
J’écris sur une feuille de papier préparé ou non, avec de l’encre lithographique, lorsqu’elle est sèche, je la transporte par le moyen de la pression sur une planche de métal quelconque, comme étain, cuivre, fer blanc, zinc, &c. Je passe sur l’écriture une couche d’une substance que j’ai indiquée ci-dessus : j’encre avec le petit tampon de chiffon, ou plus simplement avec un rouleau d’imprimeur. J’ai tiré d’une écriture jusqu’à trois cents épreuves, et lorsque la planche est usée, chaque épreuve que j’ai tirée peut fournir une nouvelle planche. À chaque épreuve que je tire, je mouille la planche avec un chiffon de mousseline qui, préalablement a été trempé dans la liqueur suivante. Dans un verre d’eau je mets une petite cuillérée à café de sel de cuisine, et j’y ajoute un peu de gomme arabique, c’est le moyen que j’ai trouvé pour obtenir plus d’épreuves. Le sel de cuisine peut être remplacé par une dissolution de noix de galle, ou autre acide végétal.
Pour effacer l’écriture de dessus la planche, je n’ai rien trouvé de mieux que de la cendre passée au tamis de soie. Les autres procédés sont les mêmes que ceux de la lithographie. (Tout ce qui est souligné [à deux traits] est le fruit de mes recherches.)
La presse est composée d’une petite planchette, sur laquelle est fixée une planche de métal, couverte d’un drap ; lesquelles passant entre deux rouleaux en fer, subissent la pression par le moyen de deux vis.
Détails de la presse
A. Poupées en fer d’une seule pièce.
B. Planchette de bois.
C. Planche de métal.
D. Tasseaux en bois pour supporter la planchette.
E. Coulisseaux conduisant la planchette.
F. Coussinet en cuivre.
G. Manivelle.
H. Drap.
Cette presse est toute de mon invention. Pierron.
Pierron, comme Ragueneau après lui, passe des annonces dans la presse, et fait parler de lui. Ses presses sont commentées et appréciées, comme toute nouveauté qui n’a pas encore de concurrence.

Avant même que le brevet ne soit accordé, la presse fait écho de la nouvelle invention. La Réunion, 26 juin 1827.

La Quotidienne, 1er novembre 1827.

Le Courrier commercial, 28 décembre 1828.

Le Drapeau tricolore, 21 avril 1838.

L’Écho rochelais, 26 octobre 1838.
La concurrence arrive. La presse Blondeau ne convainc personne, surtout pas Firmin Didot.

Le Courrier de l’Europe, 9 octobre 1831.
L’autographie semble être un phénomène de mode. Les imprimeurs lithographes comme Martial Pécry en profitent.

Le Figaro, 20 novembre 1832.
Arrive le prompt copiste de Lanet de Limencey… mais il n’aura pas une grande carrière si l’on en croit certains compte-rendus de son utilisation.

La Gazette nationale, 12 août 1839.

Rapports et délibérations du département du Lot-et-Garonne, 1er janvier 1850.
L’Exposition quinquennale des produits de l’industrie française de 1844 permet d’identifier d’autres fabricants de presses autographiques. Pierron y est présent mais Gaud-Bovy y fait son apparition, de même que deux autres constructeurs aux productions plus diverses dans le domaine du papier et de l’impression : Poirier et Guillaume. On va revenir plus tard sur ces deux derniers.

Catalogue explicatif et raisonné, exposition des produits de l’industrie française en 1844.

Rapport du jury central, exposition des produits de l’industrie française en 1844.

Le Droit, 9 février 1844.

Le Commerce, 28 mars 1844.

Le Droit, 29 mars 1844.
À cette même exposition de 1844 étaient aussi montrées les presses du mécanicien Poirier.

Rapport du jury central, exposition des produits de l’industrie française en 1844.
Poirier, tout comme Ragueneau, passe des publicités en pages entières dans le Didot-Bottin entre 1857 et 1870. D’année en année, il change la disposition et les illustrations des machine qu’il construit. On peut ainsi se rendre compte de la qualité de son travail et de la diversité de ses productions.

Didot-Bottin, 1857

Didot-Bottin, 1857

Didot-Bottin, 1859

Didot-Bottin, 1859

Didot-Bottin, 1863

Didot-Bottin, 1863

Didot-Bottin, 1870

Didot-Bottin, 1870
Tentons maintenant de suivre un atelier de fabrication de presses durant tout le 19e siècle. Cet atelier est fondé en 1817 par Georges Nicolas Beugé. Beugé est ingénieur mécanicien. Il se spécialise dans les presses à timbre sec, les presses à cacheter et les presses à copier. Il ne semble pas avoir construit de presses autographiques. Il est titulaire de deux brevets d’invention : le premier obtenu le 8 mars 1837 pour un nouvel instrument, dit pince à levier excentrique ; le deuxième obtenu le 14 mai 1838, en collaboration avec François Louis Tissier, pour un nouveau système de serrures sans clef.
Ses presses sont appréciées, comme nous le laisse comprendre un article du Figaro :

Le Figaro, 23 septembre 1827.
On garde la trace de Beugé au fil des années, entre 1827 et 1842, grâce aux annuaires professionnels et aux articles de presse.

Courrier des théâtres, 27 septembre 1827.

Le Constitutionnel, 25 décembre 1830.

Almanach du commerce de Paris, 1837.

Le Temps, 16 mai 1837.

Didot-Bottin, 1842.

Almanach général du commerce, 1842.
C’est entre 1842 et 1844 que Beugé cède son atelier de fabrication à Alexandre Guillaume qui, comme lui est ingénieur mécanicien. Guillaume obtient une médaille de bronze à l’exposition de 1844.

Rapport du jury central, exposition des produits de l’industrie française en 1844.
Guillaume dépose sept brevets d’invention entre 1845 et 1851. Le premier, le 17 octobre 1845 pour une presse à timbre humide ; le deuxième, le 3 avril 1846 pour un fer à repasser à poignée mobile ; le troisième, le 5 février 1848 pour des perfectionnements apportés aux presses à timbres secs, aux balanciers, découpeurs et autres appareils ; le quatrième, le 9 février 1849 pour une addition à son brevet du 5 février 1848 ; le cinquième, le 31 août 1849 pour des dispositions de presses à timbre humide ; le sixième, le 18 avril 1850 pour une addition à son brevet du 9 février 1849 ; et le septième, partagé avec Félix Lecoq, le 18 mars 1851 pour un système perfectionné de machine à imprimer & numéroter, compter, distribuer & dater les bulletins cartes des chemins de fer. Aucun de ces brevets ne concerne une presse autographique, pourtant c’est lui sans nul doute qui conçoit la presse autographique que produit son atelier comme le montre les illustrations des publicités qu’il passe dans la presse.

Le Constitutionnel, 23 janvier 1849.

La Presse, 8 octobre 1850.

Le Journal des débats politiques et littéraires, 15 octobre 1850.

Le Pays, journal des volontaires de la France, 29 octobre 1850.
Comme on peut le constater, quel que soit le périodique dans laquelle elle est insérée, la publicité reste la même. On ne trouve pas d’insertions dues à Guillaume après 1850. C’est donc entre 1850 et 1852 qu’à son tour Guillaume cède l’atelier de fabrication de presses à Émile Félix Lecoq.
Émile Félix Lecoq naît en 1822 à Bény-sur-Mer dans le Calvados. S’il ne s’agit pas d’un homonyme, on apprend par les journaux de l’époque qu’il obtient un 1er prix de dessin linéaire, 2e division, 2e section des Écoles académiques de Lille (Journal de Lille, 6 septembre 1845) puis un 2e prix de géométrie descriptive, un 1er accessit d’arithmétique, et un accessit de géométrie de l’École nationale spéciale de dessin, de mathématiques, d’architecture et de sculpture d’ornements (Le Constitutionnel, 27 août 1849). Ingénieur mécanicien, il se spécialise dans la conception et la fabrication de machines pour la papeterie (presses, coupe-papiers) et pour les chemins de fer (machines à poinçonner et autres). À partir de 1852, il fabrique ses presses dans l’atelier du 119-121 rue La Fayette à Paris où il prend la suite de d’Alexandre Guillaume (Le Constitutionnel, 2 août 1852 et Annuaire des notables commerçants de la ville de Paris, 1861). Pour l’Exposition universelle de 1867, il est exposant et délégué de la classe 59 : matériel et procédés de la papeterie, des teintures et des impressions (Moniteur de la papeterie française, 1er mai 1856). On se sert de presses Lecoq pour les récépissés des chemins de fer (Le Charivari, 15 février 1867). Il fonde, le 31 mai 1867, une société en nom collectif avec Achille Adolphe Gruyer. La société a pour but d’exploiter le brevet de Lecoq et Gruyer pour de nouveaux systèmes de fabrication des châles cachemire de l’Inde et des tissus brochés et spoulinés, la vente des produits et toutes opérations s’y rattachant (Gazette des tribunaux, 1er juin 1867). Cette société est dissoute le 3 juillet 1873 à la suite du décès d’Émile Lecoq, survenu à Hyères, le 26 décembre 1871 (Le Droit, 6 juillet 1873).
Émile Lecoq dépose neuf brevets d’invention entre 1851 et 1868, dont cinq sont consacrés aux machines liées à l’impression et à la papeterie, trois liés au chemins de fer, et le dernier est le brevet partagé avec Adolphe Gruyer qui est à l’origine de la société en nom collectif.
Les premières insertions dans la presse commandées par Émile Lecoq datent de 1852. Elles se poursuivent jusqu’à sa mort, et même au-delà dans le Didot-Bottin.

Le Constitutionnel, 28 août 1852.

Le Constitutionnel, 1854.

Le Moniteur industriel, 13 janvier 1856.

Didot-Bottin, 1859.

Didot-Bottin, 1859.

Annuaire des notables commerçants, 1861.

Didot-Bottin, 1862.

Didot-Bottin, 1862.

Didot-Bottin, 1865.

Didot-Bottin, 1865.

Didot-Bottin, 1870.

Didot-Bottin, 1870.
Est-ce un hasard ou une volonté expresse du Didot-Bottin ? En 1871, année de la mort de Lecoq, l’illustration de sa machine à couper le papier se retrouve les pattes en l’air, comme une prière vers le ciel. Peut-être était-ce aussi un hommage aux Parisiens massacrés par les Versaillais de Thiers. Rien de tout cela probablement puisque le Bottin paraissait au début de chaque année et que les événements précités ne s’étaient pas encore passés. Donc une simple erreur lors de l’imposition de la forme...

Didot-Bottin, 1871.
Les années qui suivirent, jusqu’en 1875, montrèrent la publicité avec le coupe-papier retombé sur ses pattes sans pour autant annoncer le décès de Lecoq.

Didot-Bottin, 1875.

Didot-Bottin, 1875.
Fornax a la chance de posséder une petite presse Lecoq. On peut constater qu’elle est capable non seulement d’imprimer en autographie sur plaque de métal mais aussi en lithographie avec de vraies pierres… et elle peut sans nul doute imprimer aussi en phototypie en remplaçant la pierre ou la plaque métallique par une dalle de verre grainée. Le plus grand format de papier qu’elle peut imprimer quelle que soit la technique employée est de 30 x 38 cm.

Presse autographique Lecoq de Fornax.

Presse autographique Lecoq de Fornax.

Presse autographique Lecoq de Fornax.

Presse autographique Lecoq de Fornax.

Presse autographique Lecoq de Fornax.
En farfouillant un peu sur les sites de vente en ligne, on a réussi à trouver une presse à copier de Lecoq. Mais elle est bien rouillée. On vous en montre toutefois le portrait.

Presse à copier Lecoq.

Presse à copier Lecoq.

Presse à copier Lecoq.
Eugène Ravasse prend la succession d’Émile Lecoq à la mort de ce dernier ; il est alors associé avec Génissieu fils. Il est ingénieur mécanicien, comme Lecoq. Ravasse est un forcené du dépôt de brevets d’invention. Il en dépose pas moins de 115 entre 1872 et 1901 dans des domaines divers. Trois de ces brevets sont déposés en duo avec Génissieu fils en 1875 et 1877, et deux autres avec Lecoq. Mais ce Lecoq n’est pas Émile mais Léonce. Serait-ce quelqu’un de la famille ? un frère ? un fils ? un cousin ? Un autre brevet sera déposé en 1880 avec le grand Marinoni. Le domaine de compétence de Ravasse s’étend des machines à imprimer (presses à copier, presses autographiques et autres) et machines à couper le papier, en passant par les machines diverses à l’usage des chemins de fer (machines à imprimer les billets et machines à poinçonner), pour aller jusqu’aux bicyclettes. Comme on peut le constater, c’est un homme « éclectique ». On va donc offrir maintenant un petit panorama de ses productions et de ses activités.
Quelques publicités et insertions diverses, jusqu’en 1908. En tout premier, l’insertion initiale qui annonce sa reprise de l’atelier de Lecoq.

Didot-Bottin, 1876.

Didot-Bottin, 1876.

Bulletin de la papeterie, 1886.

Didot-Bottin, 1888.

Annuaire des commerçants, 1904.

Annuaire des commerçants, 1904.

Didot-Bottin, 1908.
Une affiche, pour en terminer avec les documents en papier :

Bicyclettes de précison, sans date.
En mars 1885, Jules Ragueneau, fabricant de presses demeurant 126, rue d'Aboukir, vend à Eugène Alexandre Ravasse, ingénieur constructeur, demeurant 202, rue La Fayette, son fonds de graveur mécanicien situé 126, rue d'Aboukir, pour la somme principale de 1000 francs. Ce qui clot la boucle des successions diverses chez les fabricants de presses pour amateurs.
Suivent maintenant les photos de quelques machines sorties des ateliers de Ravasse qu’on peut trouver çà et là sur Internet.

Coupe papier.

Coupe papier.

Machine à estamper, timbre sec.

Pince à poinçonner les billets.
Grâce à cette pince, on apprend que G. Klein succède à Ravasse à la tête de l’atelier fondé par Beugé.

Pince à poinçonner les billets.

Poinçonneuse de billets.

Poinçonneuse de billets.
Des machines dont la fabrication est au cœur des activités de Ravasse : les presses à copier. Il en a produit de nombreux modèles. En voici quelques-uns.

Presse à copier.

Presse à copier.

Presse à copier.

Presse à copier.

Presse à copier.

Presse à copier.

Presse à copier.
D’autres presses :

Presse à timbre sec.

Presse à timbre sec.

Presse à timbre humide.

Timbre en laiton.

Timbre en laiton.

Timbre en laiton.

Timbre démontable en acier.

Timbre démontable en acier.
Fornax a eu la chance de se procurer voici peu une presse autographique Ravasse, sœur de la presse Lecoq, un peu plus grande. Elle peut imprimer au format 33 x 52,5 cm. La voici portraiturée, après une légère restauration, essentiellement nettoyage, dérouillage et regraissage.

La presse autographique Ravasse de Fornax.

La presse autographique Ravasse de Fornax.

La presse autographique Ravasse de Fornax.

La presse autographique Ravasse de Fornax.
Quand la presse est arrivée dans l’atelier, son plateau de chêne était recouvert de ce curieux assemblage : une dalle de béton surmontée d’une plaque de zinc très fatiguée. On a préféré éliminer cet ajout incongru ayant peut-être servi à l’autographie, mais certainement pas imaginé par Ravasse. On l'a remplacé par deux beaux tasseaux de chêne, à l'imitation de la presse Lecoq.

Partie éliminée de la presse autographique Ravasse de Fornax.

Partie éliminée de la presse autographique Ravasse de Fornax (détail).
Voilà. On arrête ici la mini série sur les presses à copier du 19e siècle. Beaucoup d’autres renseignements seraient encore à distiller sur le sujet. Laissons d’autres chercheurs s’en charger.
Bis repetita. L’ensemble des recherches qui ont conduit à la réalisation de ce billet n’auraient pas été possibles dans un temps raisonnable sans l’aide incontournable de Gallica et de Retronews. On les bizoute toutes les deux sur les deux joues…
La presse Ragueneau
Ah ! vous êtes déjà là, lecteurs fidèles et bien-aimés (sauf toi, là, au fond, mais tu sais pourquoi…). Aujourd’hui, il va falloir s’accrocher. Je vais vous parler technique et je vais faire, par la même occasion, un peu d’histoire… Non, non, restez ! Je vous promets qu’il va y avoir des moments rigolos… Si, si, c’est vrai… enfin, je crois...
Comme le titre l’indique, je vais traiter des presses autographiques. « C’est quoi-t-est-ce, une presse autographique ? ». Je m’en vas vous le dire maintenant, tout de go. Commençons par éliminer les possibles erreurs d’interprétation. Une presse autographique n’est pas une presse qui sert à produire de faux (ou de vrais) autographes de célébrités. C’est une presse qui sert à reproduire les écritures manuscrites. Son principe est fondé sur celui de la lithographie, c’est-à-dire qu’il revient à ménager, sur une surface plane, des zones incompatibles entre elles : des zones qui aiment l’eau (hydrophiles) et des zones qui aiment la graisse (lipophiles). Comme l’eau n’aime pas la graisse et que la graisse n’aime pas l’eau, on peut imprimer dans ces conditions. On mouille la surface préparée : les zones lipophiles vont repousser l’eau ; on encre ensuite la surface préparée et mouillée à l’aide d’une encre grasse passée au rouleau : les zones mouillées vont repousser l’encre mais les zones lipophiles vont l’accepter. On encre ainsi sélectivement les zones que l’on veut encrer, et rien qu’elles. Ne reste plus ensuite qu’à placer une feuille de papier sur la surface encrée et à y transférer l’encre par légère pression. Et zou !
Une presse autographique va reproduire, dans ces conditions, tout texte ou dessin écrit ou dessiné à l’aide d’une encre contenant du gras, sur une feuille de papier spécial appelée papier report. Le papier report est plaqué contre la surface imprimante de la presse, dans le but d’y reporter le gras contenu dans l’encre qui a servi à écrire ou à dessiner. Le dessin ou le texte est donc transféré à l’envers sur la presse et, une fois encré, transféré à l’endroit sur le papier. Merveille ! On n’arrête pas les progrès de la technique.
Les premières presses à imprimer en autographie selon ce procédé ont été les presses lithographiques. Mais elles étaient entre les mains de professionnels patentés, donc hors de portée des amateurs qui auraient voulu réaliser eux-mêmes leurs autographies. La situation aurait pu durer ainsi ad vitam æternam mais un petit malin a eu l’idée de concevoir une petite presse facile à utiliser, à l’usage des amateurs qui voulaient imprimer chez eux, sans passer par un lithographe. Ce petit malin s’appelait Ragueneau. Son prénom ? Quelques hésitations à son sujet. Sur le brevet d’invention de la presse autographique, il est désigné comme Pierre, et sur les publicités dans les périodiques, il se prénomme Jules, sans doute à dessein. Si avec Pierre on pouvait bâtir une église, avec Jules on pouvait conquérir le monde, ce qui est nettement plus rentable, on va le voir.
Pierre Ragueneau naît le 12 avril 1811 à Étampes. Il y est libraire breveté le 11 octobre 1834. Il obtient par la suite, à Paris, un brevet d’imprimeur lithographe. Son brevet de libraire qu’il n’utilisait pas lui est supprimé en 1859.Ses compétences en lithographie (en imprimerie de manière plus générale) lui permettent d’imaginer deux presses dont il dépose et obtient le brevet d’invention. La première est une presse à copier portative (voir →ici au sujet des presses à copier) dont il dépose le brevet le 31 mars 1843 à 3 heures du soir. La deuxième est une presse autographique dont il dépose le brevet le 27 septembre 1845 ; le brevet lui sera accordé le 18 octobre de la même année.
Dès son premier brevet, Ragueneau met en fabrication et vend son invention. Il n’est plus, dès lors, qu’un marchand de presses pour amateurs. Il inonde tous les périodiques de publicités pour vanter la nouveauté et la praticité de son ou de ses inventions. Sa première publicité paraît le 8 mai 1843 dans le journal Le Commerce :

Elle sera suivie de nombreuses autres dont voici quelques exemples :

Le Charivari, 8 janvier 1847.

La Démocratie pacifique, 23 mai 1847.

La Presse, 16 décembre 1847.
Il n’est pas seul sur les rangs, mais sa vivacité commerciale va l’emporter.

La Presse, 17 mars 1848.
Il présente ses deux inventions : la presse à copier, la presse autographique.
Le succès est au rendez-vous. Ses presses se vendent en nombre, mais tous les acheteurs ne sont pas d’innocents utilisateurs. En témoignent les Annales de l’Imprimerie :

Les Annales de l’Imprimerie, 1er janvier 1851.

Les Annales de l’Imprimerie, 1er janvier 1851.
L’Annuaire général du Commerce et de l’Industrie, plus tard surnommé Didot-Bottin ou Bottin tout court, passe le premier descriptif des caractéristiques de la presse Ragueneau :

Annuaire général du Commerce et de l’Industrie, 1854.

Annuaire général du Commerce et de l’Industrie, 1854.
Une facture manuscrite de Pierre-Jules Ragueneau pour l’achat d’une presse :

Facture du 25 janvier 1855.
C’est dans le Courrier du dimanche que paraît la première publicité illustrée pour la presse Ragueneau :

Courrier du dimanche, 15 août 1858.
Une variante de l’illustration :

Courrier des Chemins de fer, 6 novembre 1858.
Les revues s’emparent du succès des presses Ragueneau pour en faire un peu de rédactionnel :

La Science pittoresque, 2 mai 1862.

La Science pittoresque, 2 mai 1862.
Les périodiques et les publicités passées, non plus que les quelques rédactionnels ne sont pas les seuls moyens pour faire parler de la presse Ragueneau. Des célébrités s’y mettent. Ainsi le célébrissime Nadar embarque une presse Ragueneau dans son ballon dirigeable Le Géant. De nombreux quotidiens s’en font l’écho. On en a choisi un plutôt exotique pour en témoigner :

Le messager de Tahiti, 16 anvier 1864.
Et les Mémoires du Géant de Nadar confirment le fait :

Nadar, Mémoires du Géant, 1864.
La presse se dote d’un nom, timidement au début, et de manière plus affirmée par la suite : l’Expéditif.

Revue maritime et coloniale, 1er septembre 1865.

Courrier de Narbonne, 3 janvier 1869.

L’Électeur, 3 juin 1869.
Un autre ballon s’envole, le Pôle Nord, c’est l’occasion de se rappeler du Géant, et de la presse Ragueneau :

Journal du Loiret, 30 juin 1869.
L’Expéditif expliqué sous toutes les coutures, et chiffré, dans le Didot-Bottin :

Didot-Bottin, 1870.

Didot-Bottin, 1870.
L’Expéditif fait même de la musique :

La France Orphéonique, 25 juin 1870.
Coup de théâtre : la presse Ragueneau change de sexe !

Didot-Bottin, 1871.
… Oui, mais non !

Revue de France, 14 octobre 1871.
La presse Ragueneau est si célèbre qu’on lui dédie des poèmes. Et même des poèmes à contrainte :

La Ligue des poëtes, 17 août 1872.
Mais, hélas, la célébrité de la presse Ragueneau n’apporte pas que du bonheur à ses utilisateurs :

Journal des Vosges, 11 juin 1873.

Journal des Vosges, 11 juin 1873.

Journal des Vosges, 11 juin 1873.

Journal des Vosges, 11 juin 1873.
Les publicités continuent, qui tentent de retirer le pain de la bouche aux imprimeurs :

La France politique, scientifique et littéraire, 13 janvier 1874.
Arrive dans la vie de Pierre-Jules Ragueneau un associé, Paul Abat, avec qui il va collaborer jusqu’à la fin. Paul Abat perfectionne la presse Ragueneau mais ils vendent leurs presse chacun de leur côté. C’est au J. O. que paraît la première annonce de leur collaboration.

Journal Officiel de la République française, 25 janvier 1874.
Même date que le J. O., mais aucune mention de Paul Abat.

L’Éclipse, 25 janvier 1874.
Publicité commune de Ragueneau et de Paul Abat :

L’Événement, 21 juin 1874.
Une publicité dans une revue sérieuse :

Revue bibliographique de philologie et d’histoire, 1er décembre 1874.
La presse Ragueneau prend ses aises dans la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle, elle s’envole dans les airs, c’est déjà bien… mais il y a mieux. Elle prend pied dans le roman populaire. Louis Noir, dans son roman Le Secret du trappeur fait intervenir un personnage, Arthur Boisgonthier, qui est représentant de la maison parisienne Ragueneau, et qui tente de vendre des presses sur son chemin.

Louis Noir, Le Secret du trappeur, 1874.

Louis Noir, Le Secret du trappeur, 1874.

Louis Noir, Le Secret du trappeur, 1874.
Le même Louis Noir fera intervenir le même Arthur Boisgonthier dans deux autres de ses romans, interventions en tous points égales, à la virgule près, à la première apparition dans Le Secret du trappeur. Nous n’en donnons que les couvertures. Comme quoi Pierre-Jules Ragueneau devait bien payer les insertions romanesques pour ses presses.

Louis Noir, L’Homme de bronze, Le Secret du dompteur, 1879, 1883.
La presse Ragueneau est encore à la fête dans une étonnante publication, L’Album lyrique illustré d’Étienne Ducret. Elle y est célébrée en chanson.

Étienne Ducret, Album lyrique, 1875.

Étienne Ducret, Album lyrique, 1875.

Étienne Ducret, Album lyrique, 1875.

Étienne Ducret, Album lyrique, 1875.

Agrandissement du dessin des presses.
La consécration absolue de la presse Ragueneau arrive cette même année 1875. Elle fait son entrée dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, au tome 13.

Larousse du XIXe siècle, tome 13, 1875.

Larousse du XIXe siècle, tome 13, 1875.
La célébrité de la presse est devenue telle que Ragueneau peut se permettre des publicités pleine page dans le Didot-Bottin.

Didot-Bottin, 1876.

Didot-Bottin, 1876.

Didot-Bottin, 1876.
Un rapport sur la plume électrique d’Edison la compare à la presse Ragueneau, bien que les deux systèmes n’aient rien à voir l’un avec l’autre.

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1er janvier 1878.

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1er janvier 1878.

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1er janvier 1878.

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1er janvier 1878.

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1er janvier 1878.
Le journaliste satiriste arabe James Sanua, exilé en France, se met en scène avec Ragueneau. Sanua se dessine en train d’imprimer son propre journal. Dans le commentaire qui se trouve en dessous, il est indiqué : « W-Allāh inna al-misyiū Raginū raǧūl shāṭir. Ikhtaraʿa lī maṭbaʿa al-tabʿ bihā bi-yaday bi-ghāyyat al-suhūla » [Mon Dieu, ce qu’il est malin ce Monsieur Ragueneau, il a créé pour moi une machine sur laquelle je peux imprimer de mes propres mains, c’est très facile !]. (Merci à Eliane Ursula Ettmüller pour son travail sur Sanua et sa traduction du texte arabe.)

James Sanua imprime sur une presse Ragueneau.
Une belle publicité, avec portrait de la dame de fonte dans un guide des spectacles, tout un programme :

Programme des spectacles et guide de Paris, 16 janvier 1881.
La célébrité de la presse et les ventes sont telles que Ragueneau demande des représentants pour toute la France.

La Journée, 23 novembre 1885.
Les publicités se succèdent mentionnant soit Ragueneau, soit Paul Abat, soit les deux ensemble. Abat va prendre la succession de Ragueneau.

La Nation, 3 août 1885.

Le Moniteur universel, 21 octobre 1887.

Le Forum, 22 janvier 1888.

La Semaine religieuse de la ville et du diocèse de Nîmes, 25 novembre 1900.
La dernière apparition des presses Paul Abat et des presses Ragueneau comme entreprises séparées sur une même page du Didot-Bottin en 1908, et la dernière apparition des presses Ragueneau (Paul Abat successeur) en 1911.

Didot-Bottin, 1908.

Indicateur annuaire des commerçants et fabricants, 1911.
L’aventure des presses Ragueneau est terminée. Nul doute que la Première Guerre mondiale qui sévira à partir d’août 1914 aura mis fin à la fabrication de ces presses. Les seules mentions postérieures à la grande boucherie seront dans les petites annonces pour vendre des presses d’occasion.
Il nous a été impossible de trouver des photographies de presses autographiques Ragueneau sur des sites de ventes contemporains. Il faudra donc se contenter des dessins ici publiés. Toutefois des presses à copier Ragueneau ont été vendues dans un passé récent. On en donne le portrait en dédommagement.

Presse à copier.

Presse à copier.

Étiquette de presse à copier.
P.-S. : Un grand merci à madame Gallica et à sa fille mademoiselle Retronews sans l'aide desquelles les recherches pour établir ce billet auraient pris des années.
une collection ; bibliographie
Constat. Les bipèdes proposent, et les circonstances disposent. J’avais prévu de vous concocter un beau billet rond et poli à la toile émeri grain 2000, un polissage suivi d’un encaustiquage à la cire d’abeille, mais basta, c’est raté. Notons au passage que les abeilles qui savent si bien fabriquer la cire d’abeille, et éventuellement le miel, ne sont pas fichues de fabriquer du papier. On les aime bien, les abeilles, généralement, presque tout le monde. Mais elles ne savent pas fabriquer du papier. Les guêpes, elles savent, elles ! Pourtant, les guêpes, on ne les aime pas beaucoup. C’est pour cela que je les aime, les guêpes. Parce qu’elles savent fabriquer du papier et qu’on ne les aime pas beaucoup. Et puis elles sont jolies, jaunes et noires, avec leur taille de guêpe et leurs petites antennes toutes rigolotes. C’est pas comme ces grosses bourdonasses d’abeilles avec leurs poils partout.
Donc, j’avais prévu de vous concocter un billet de derrière les fagots, imparable, inoxydable et ciré à la cire d’abeille mais à cause de ses qualités intrinsèques et extrinsèques, ça m’a pris plus de temps que je ne l’avais imaginé au départ… Les recherches… la rédaction… l’icono-machin-truc… enfin, trop long à expliquer. Ça sera pour la semaine prochaine… et la semaine d’après. Ouais, deux épisodes, un petit feuilleton, quoi. Dans le lurdoc, comme disent les louchébems.
En remplacement, je vous propose un petit billet vite fait sur le Fourneau, histoire de vous faire patienter. Attention !… Vite fait sur le Fourneau, ça ne veut pas dire mal fait ! Allez, on commence…
Tout le monde connait Maximilien Vox. Du moins tout le monde du livre. Du moins tout le monde qui s’intéresse à la typographie du livre. Du moins tout le monde qui s’intéresse aux caractères de typographie. Du moins tout le monde qui s’intéresse à la classification des caractères typographiques… Euh, finalement, ça ne fait pas si tant de monde que ça… finalement.
Grand-papa Maximilien, il a fait beaucoup de choses dans sa vie. Beaucoup. Si tant beaucoup que je ne vais pas tout dire. Ça serait trop long… et comme j’ai provisoirement laissé tomber le billet que j’avais prévu de faire aujourd’hui pour des raisons de trop-longueur, je ne vais pas m’y mettre avec celui-ci. Ça ne serait pas raisonnable. Donc, entre autres activités, grand-papa Maximilien a été éditeur et maquettiste de livres. Chouette, non ?
Parmi les livres qu’il a édité et maquetté, se trouve une petite collection de 20 ouvrages oblongs, en deux séries de 10, intitulée Brins de plume, au format approximatif 9 x 17,5 cm. Si pour les textes intérieurs, il est resté d’un classicisme imperturbable en utilisant du Garamond ou du Centaur, typographiés en noir sur du BFK Rives, en revanche il s’est un peu lâché avec les couvertures. Qu’on en juge :
Première série

1. Honoré de Balzac, Les Caprices de Gina, 68 p., 1944.

2. Prosper Mérimée, Il Viccolo du madama Lucrezia, 76 p., 1944.

3. Stendhal, Vanina Vanini, 84 p., 1944.

4. Napoléon Bonaparte, Lettres à Joséphine, 60 p., 1945.

5. L’Évangile selon Saint Vincent de Paul, 60 p., 1945.

6. Manon Balletti, Mon cher Casanova, lettres d’amour, 60 p., 1945.

7. Edgar Poe, Le Corbeau, traduction de Charles Baudelaire, 60 p., 1945.

8. Paul de Molènes, Réflexions sur l’Imitation de N. S. J. C., 60 p., 1945.

9. Lettres de Henry IV à Corysande, 60 p., 1945.

10. Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu, 72 p., 1945.
Deuxième série

1. Carnets de Rivarol, 60 p., 1945.

2. Paul le Silentiaire, Épigrammes amoureuses, traduites par Maurice Rat, 60 p., 1945.

3. Hérault de Séchelles, Voyage à Montbard chez Monsieur de Buffon, 84 p., 1945.

4. Caprices poétiques du sieur de Saint-Amant, 60 p., 1945.

5. Alexandre Dumas, Mon Grand Chien, extraits de Mes Mémoires, 56 p., 1945.

6. L’Ane de Lucius, mis en français par Paul-Louis Courier, 60 p., 1945.

7. Napoléon Bonaparte, Le Masque prophète, conte, 60 p., 1945.

8. Clara Gazul, Une femme est le diable, 64 p., 1945.

9. Jean de l’Escurel, Rondeaux, chansons et ballades, 56 p., 1945.

10. Joubert, Pensées, 60 p., 1945.
Comme on peut le constater, si notre Maximilien innovait dans la présentation purement typographique des couvertures au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il ne cherchait en revanche pas à nous faire découvrir de nouveaux auteurs. Il faut dire qu’il travaillait là pour l’Union bibliophile de France et que, le plus souvent, les bibliophiles de ce genre de congrégations religieuses autour du livre ne brillent pas par l’esprit d’aventure.
Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet important, un sujet critique, un sujet brûlant, un sujet qu’aucun bibliographe n’a osé aborder avant votre serviteur, sans doute par crainte du qu’en dira-t-on, ou des représailles possibles : le sexe des livres.
« Ça y est, il a dévissé du ciboulot… » diront d’aucuns, « Ouais, il fait dans le cul pour attraper de l’audience, ça ne m’étonne pas de lui ! » diront d’autres, forts de leurs convictions et de la justesse de leur raisonnement. Eh bien non, rien de tout cela. La question se pose vraiment, les livres ont-ils un sexe ? On ne parle pas ici des auteurs des livres qui ont probablement un sexe, je ne suis pas allé vérifier, mais des livres eux-mêmes… Grosse rigolade dans l’auditoire… Tout le monde sait — ou croit savoir — qu’un livre est du genre neutre. C’est un « ça », pas un « il » ou une « elle ». Oui, bon, c’est vrai dans la plupart des cas, mais il y a des exceptions. Et puis, un livre, ce n’est pas un « ça » comme tous les autres « ça » qui nous entourent au quotidien. C’est un « ça » qui a une âme, du moins un peu, obtenue par transmission d’une pensée venue de la cervelle de l’individu écriveur ; même qu’il se la pète, le « ça » livre auprès des autres « ça » qui ne sont pas livres. Il ne roule pas des mécaniques parce qu’il n’a pas de mécanique, mais s’il en avait, il en roulerait. C’est comme ça, avec les livres. On ne peut pas éviter. Ils traitent les autres d’un air hautain, en faisant « Peuh ! »… Oui, c’est vrai, ce n’est pas joli-joli de leur part, mais ils sont comme ça, les livres. Parce qu’ils croient que la pensée qui se trouve dans leurs pages leur appartient, qu’elle émane d’eux-mêmes. Les sots !
« Oui… mais le sexe, dans tout ça !… » s’exclament les plus impatients, la bave au coins des lèvres et les yeux hagards. On y vient… on y vient.
La plupart des livres sont des « ça », presque tous à la vérité. C’est vrai, mais il y a des exceptions. « Eh, ho, abrège, tu l’as déjà dit… la suite, SVP. »
J’ai dans ma bibliothèque deux livres qui ne sont pas des « ça » mais un « il » et une « elle ». J’en entends qui rigolent encore, alors, pour leur clouer le bec et arrêter leurs ricanements, je vous montre leurs couvertures :


Et même la 4e de couverture qu’il-elle ont en commun.

Comme son titre l’affirme presque, son architecture est celle d’une encyclopédie et comme son sous-titre le stipule, on a affaire là à un roman-lexique, c’est-à-dire à une fiction érudite et baroque. Pourquoi existe-t-il des exemplaires féminins et des exemplaires masculins de cet ouvrage ? Parce qu’il y a des différences de l’un à l’autre, bien sûr. Peu, mais il y en a. À vous de les chercher, si vous avez le bonheur, comme moi, de les trouver tous les deux. Je ne vais tout de même pas vous mâcher le travail.
Vous voulez plus de renseignements ? Voici, en partie, ce que le premier rabat de couverture nous révèle :
S’il se présente comme un lexique, Le Dictionnaire Khazar, est un livre d’aventures, un roman policier, un recueil de nouvelles, un ouvrage cabalistique, un récit fantastique.
Si vous avez en main un exemplaire masculin [féminin] du Dictionnaire Khazar, peut-être aurez-vous la chance de rencontrer la détentrice [le détenteur] d’un exemplaire féminin [masculin].
S’il s’adresse indifféremment aux bibliomanes, aux amateurs d’histoires de vampires, aux psychanalystes, aux joueurs, aux philosophes, aux historiens, aux collectionneurs de sulfures, aux philologues, aux rêveurs, Le Dictionnaire Khazar ravira surtout le lecteur heureux qui pourra le dévorer en utilisant l’œil droit comme fourchette, l’œil gauche comme couteau et en jetant les os par dessus son épaule…
Alors, chers lecteurs, heureux et rassasiés ?…
Allez, aujourd’hui, pour changer du sujet bibliophilique précédent et de celui, initiatique, qui l’a précédé, on va parler de presses. Pas de petites presses jouet, on a déjà abordé le sujet en plusieurs billets ; pas de petites presses pour les amateurs sujet abordé également et sur lequel on n’a rien à ajouter pour l’instant, on va parler de presses à copier.
Kézaco presse à copier ? La plupart des bipèdes contemporains les nomment autrement quand ils en connaissent l’existence et qu’ils les nomment. Elles sont baptisées le plus souvent presses de notaires ou presses de relieurs, voire, parfois mais plus rarement, machines à imprimer. Deux de ces appellations font état d’un usage détourné de leur usage initial, la troisième fait état d’une restriction drastique de la population potentielle des utilisateurs de ces presses dans leur utilisation première.
Ces presses ont, en gros, le plus souvent, la même forme et une taille semblable. Elles sont constituées de deux plateaux dont l’un est fixe, le plateau inférieur, et l’autre mobile, le plateau supérieur. Le mécanisme qui les rapproche ou les écarte peut revêtir plusieurs forme. C’est ce que l’on va voir bientôt. Et, lors de la présentation de l’une de ces formes, on va donner l’usage réel de ces presses. Pour ce qui est de leur taille, il suffit de savoir que la dimension des plateaux est celle d’un papier à lettres ordinaires.
Presses à balancier
C’est sous cette forme qu’elles apparaissent le plus souvent.

Ce modèle de presse à balancier est le premier qui entra dans le parc de matériel de l’individu qui signe ces lignes. Avant même la naissance des Éditions du Fourneau qui précédèrent Fornax éditeur. Cette presse a servi, usage détourné, à imprimer de petites linogravures, offrant des résultats assez moyens dans l’ensemble, voir médiocres parfois, mais que ne tolère-t-on pas lorsqu’on est dans la joie ineffable de la découverte technologique.

Un autre modèle de presse à balancier. La grande dimension de ses plateaux est plus importante que celle de la première presse mais son état général est assez pitoyable. Son plateau inférieur est grêlé comme le visage d’un syphilitique et l’état de surface de la face inférieure du plateau supérieur (!) est semblablement vérolé, ce qui en fait une utilisation future — après dérouillage et restauration — particulièrement improbable. Mais sait-on jamais…
Presses à volant

C’est avec un modèle de ce type de presses que l’on va expliquer l’usage premier et le fonctionnement d’une presse à copier. Comme son nom l’indique avec une clarté éblouissante, les presses à copier servent… à copier. Mais quoi ? et combien de fois ? Allez, — effet de ma grande bonté, même si vous ne la méritez pas toujours — je m’en vas vous révéler dans les détails tous les dessous de cette petite affaire. Non, non, ne me remerciez pas, c’est encore trop tôt.
Il fut un temps, bien lointain, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme le dit la chanson, un temps où les ordurateurs n’existaient pas, pas plus que les imprimantes qui leur sont liées par le cordon ombilical. Un temps où l’on tapait à la machine sa correspondance ou bien — horreur absolue ! — où on l’écrivait à la main à l’aide d’encre et d’un porte-plume muni d’une plume métallique, ou d’un stylo à plume. Que l’on se rassure toutefois, le temps où l’on écrivait avec une plume d’oie taillée et trempée dans l’encre est un temps antérieur au temps dont au sujet duquel que je vous cause maintenant.
Donc, on écrivait sa correspondance, ou tout autre document, sur du papier et l’on voulait, ou bien on avait le devoir d’un conserver une copie exacte par devers soi. Comment réaliser ce prodige alors que la photocopie n’était pas inventée ? Eh bien, à l’aide d’un cahier de copie de lettres et d’une presse à copier. Explication :

Un cahier de copie de lettres est un fort cahier à couverture cartonnée dont les feuillets sont constitués de papier très fin, dans les 30 grammes au mètre carré, lisse et translucide. Celui qu’on voit sur la photo est au format 21 x 27 cm, le plus petit des deux formats de papier à lettres français (l’autre étant le 21 x 31 cm), avant que l’unification européenne n’impose les 21 x 29,7 cm du format A4 allemand. C’est dans ce cahier qu’étaient conservées les copies des lettres et autres documents produits à la main ou à la machine à écrire avant que les originaux ne soient confiés à leurs destinataires.

Le cahier ouvert montre les feuillets minces et vierges. Le document à copier tout juste terminé, alors que son encre était encore fraîche, était inséré sous un feuillet vierge et un peu humecté du cahier, et le cahier refermé était inséré entre les plateaux de la presse.

Le cahier était comprimé dans la presse pendant quelques secondes, le temps que le feuillet vierge du cahier prenne une petite partie de l’encre du document original.

La copie ainsi réalisée pouvait être lue par transparence grâce à la minceur du papier de copie, ou alors elle pouvait être lue en la plaçant devant un miroir (mais c’était moins pratique).

Une autre presse à copier à volant.
presses à vis à 4 poignées

La vis qui permet d’actionner la montée ou la descente du plateau supérieur est actionnée par un ensemble de quatre poignées situées sous l’arceau qui bride les mouvements du plateau supérieur en l’empêchant de tourner sur lui même. Ce type de presse à vis offre un aspect plus ramassé que les autres types de presses munies d’une vis.
presses à levier

Cette presse à levier terminé par un manche de bois est munie d’une crémaillère et non d’une vis pour descendre le plateau supérieur. Le maintien de la pression est obtenu grâce à un engrenage bloqué par un cliquet. On met fin à la pression en abaissant le cliquet, ce qui permet de relever le levier.
Presses à plateaux ressorts


Ces presses d’une structure très simple sont constituées de deux plateaux incurvés et élastiques que l’on peut resserrer grâce à un fermoir qui les force à comprimer le cahier.
À l’exception de ce dernier type de presse, les presses à copier peuvent être détournées de leur usage premier. Certains relieurs débutants (mâles ou femelles), ou certains relieurs amateurs, se munissent de ce type de machine pour leurs opérations de mise sous presse, en attendant d’être assez fortunés pour acquérir une vraie presse à percussion. On peut également les utiliser pour imprimer de petits bois gravés ou de petites linogravures, le format étant limité, on vient de le voir, à celui du papier à lettres. On peut aussi tenter de les utiliser comme presse à découper en se servant d’emporte-pièces. Il faudra, dans ce cas, les fixer solidement à un support inamovible car la pression à exercer pour procéder à une découpe est supérieure à celle nécessaire pour une copie ou pour une impression.
À ne pas confondre avec une presse à copier :
La presse à découper des échantillons de tissu

Elle a extérieurement le même aspect, ou du moins un aspect très semblable, aux presses à copier à vis mais l’on voit la différence lorsqu’on y regarde de plus près. Elle n’a pas deux plateaux mais un seul, le plateau supérieur étant remplacé par une lame coupante en zigzag encadrée de deux ressorts qui maintiennent le tissu en place pendant la coupe. C’est une sorte de petit massicot à main qui permet d’obtenir des échantillons de tissus qui ne s’effilochent pas.

La lame en zigzag, devant elle, le ressort de devant. Un ressort semblable se trouve derrière elle.

N’ayant pas de beau tissu à gâcher, on s’est servi pour cette démonstration de quelques feuilles d’un vieil annuaire téléphonique.

La découpe est effectuée. Fornax réalisera peut-être un jour un petit ouvrage aux côtés zigzaguant en utilisant cette machine… qui sait !
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